Article DNA – Lyme : « ici, vous êtes touchés à 80 % »

La conférence-débat sur la maladie de Lyme, animée par Viviane Schaller, a rassemblé quelque 150 personnes mercredi soir au théâtre. Trois heures pour comprendre et interroger la spécialiste, invitée par Val Avenir.

De gauche à droite : Alain Florentz, Jean-Paul Huguel et Viviane Schaller. PHOTO DNA - A.M.

De gauche à droite : Alain Florentz, Jean-Paul Huguel et Viviane Schaller. PHOTO DNA – A.M.

« J’ai toujours considéré que Sainte-Marie-aux-Mines est un centre de la maladie de Lyme. Vous êtes au cœur d’un endroit où vous êtes touchés à 80 % », a estimé Viviane Schaller dès l’entame de sa conférence, donnée devant quelque 150 personnes mercredi soir au théâtre sainte-marien. Un pourcentage qui surprend et interroge Pierre Kretz. Réponse de MmeSchaller, « on n’a pas de tests suffisamment fiables pour avoir des statistiques précises, mais on peut faire des extrapolations, comme pour le paludisme en Afrique : la situation est identique avec une invasion d’insectes vecteurs. » Là-bas les moustiques ici les tiques. « Dans les Vosges, vous êtes aux premières loges, vous avez forcément été contaminés au moins une fois. Mais selon l’ARS, il n’y a que 25 000 cas recensés en France… »

« Une bactérie futée »

Depuis l’historique des borrélioses (bactéries de la maladie de Lyme) jusqu’aux derniers rebondissements scientifiques, la spécialiste a expliqué la maladie pendant une heure et demie, et particulièrement le problème du dépistage. « Il est indispensable d’avoir des tests de dépistages fiables car il existe beaucoup trop de symptômes différents, et la Lyme est une grande imitatrice. C’est une bactérie futée, elle est comme un caméléon, c’est pour ça qu’on a du mal à la diagnostiquer. » Selon la biologiste, de nombreuses scléroses en plaque, paralysies, douleurs articulaires et même autismes sont en fait des maladies de Lyme non diagnostiqués qui pourraient être guéries. Et donc faire faire des économies à la Sécurité Sociale. Car l’errance médicale des malades coûte cher.

« J’ai vu des gens qui sont morts et qu’on aurait pu sauver ! » Viviane Schaller le répète à l’envi, il faut arrêter le test Elisa, préférer le Western-Blot avec plusieurs souches, voire faire observer une « goutte épaisse » (de sang) au microscope. Mais seuls des laboratoires allemands le pratiquent.

Ce sont justement les questions que posent les spectateurs. Vers quels médecins s’orienter, quels laboratoires, et quel remède utiliser ?

Viviane Schaller renvoie à l’association Lyme Sans Frontières (LSF), « c’est la plus importante en France, elle reçoit une trentaine d’appels de détresse par jour, elle est formidable, avec une expérience géniale ». Le Sainte-Marien Jean-Paul Huguel en est le relais local, membre du bureau national depuis le mois de février dernier. Un engagement fort, motivé par une suspicion de la maladie chez son épouse.

Dans l’entrée du théâtre, l’association LSF a distribué des plaquettes de prévention, et présenté des panneaux explicatifs. L’un présentait la lettre émouvante de Michel Didierjean, un habitant de Fraize (88) qui s’est suicidé à La Croix-aux-Mines le 12 octobre dernier… Ses souffrances étaient devenues trop insupportables.

Aujourd’hui, Viviane Schaller conseille de montrer à son médecin traitant le rapport du haut conseil de santé publique publié le 4 décembre 2014, « c’est un formidable progrès ! » signé d’experts indépendants.

Le bouleau miracle

Dans la salle, les témoignages ont fusé, comme celui de cette jeune femme de 31 ans, finalement diagnostiquée après avoir été internée un an en psychiatrie… « Je suis sûre qu’il y a plein de gens en hôpital psychiatrique qui peuvent être remis sur pied. »

Forestier à Sainte-Croix-aux-Mines, Marc Schultz, en 2009, avait été « paralysé de tout le côté gauche, après des douleurs articulaires, des nausées, des malaises, des crises d’angoisse ». Le traitement d’antibiotiques, pendant quatre mois, ne change rien à son état, « c’était comme un sparadrap sur une jambe de bois ». Alors, il se décide à prendre de l’huile essentielle de bouleau, trois fois par jours pendant deux semaines, « j’étais rouge comme une tomate, j’ai transpiré comme un cochon ». Et la paralysie s’est envolée, avec l’aide aussi « des ions négatifs près d’une cascade ». Celle à côté de la chapelle du Grand Rombach.

Premiers lanceurs d’alerte dans la vallée, les époux Kern sont présents également, Richard en chaise roulante, Martine avec sa verve, qui pose la question des transfusions de sang qui pourraient être infectées. « C’est un gros tabou », lâche Mme Schaller, « mais le professeur Luc Montagnier [parrain de LSF] est en train d’étudier ça… »

Le président de Val Avenir, Alain Florentz, a remercié Viviane Schaller, pour son intervention de haute qualité, parfois très technique, « il reste beaucoup à faire. Comme pour le réchauffement climatique, la base doit reprendre les choses en main ».

En appel

Condamnés pour escroquerie et exercice illégal de la profession de pharmacien, Viviane Schaller et Bernard Christophe (qui avait mis au point le Tic-Tox, remède à base d’huiles essentielles), ont été condamnés à des peines avec sursis il y a tout juste un an. L’affaire sera jugée en appel l’année prochaine. La CPAM réclame plus de 280 000 € de dommages et intérêts à l’ancienne pharmacienne. Son laboratoire d’analyse médicale strasbourgeois avait été fermé sur décision préfectorale en juin 2012. Viviane Schaller raconte son combat dans un livre « Maladie de Lyme, l’épidémie qu’on vous cache » chez Thierry Souccar éditions.

Anne MULLER